Le sens linguistique
Le mot īmān vient de la racine qui signifie sécurité et confiance. Son sens premier est la confirmation (taṣdīq) : tenir pour véridique celui qui informe, adhérer à sa parole. Comme le dit le commentateur, c’est « l’acquiescement au jugement de celui qui informe, son acceptation et le fait de le tenir pour véridique ».
Le sens technique
La foi comporte trois éléments, que la plupart des théologiens, traditionnistes et juristes reconnaissent :
- La confirmation du cœur (taṣdīq bi-l-janān)
- La confession de la langue (iqrār bi-l-lisān)
- L’œuvre des membres (ʿamal bi-l-arkān)
Mais la réalité de la foi — son noyau — est la confirmation du cœur, entendue comme un assentiment ferme et une soumission, non une simple représentation. Les versets l’attestent : Allah « a écrit la foi dans leurs cœurs », et notre maître Muhammad ﷺ, interrogé sur celui qu’on a tué après qu’il eut prononcé le témoignage, s’écrie : « N’as-tu pas ouvert son cœur ? »
Le commentateur précise que les paroles seules ne suffisent pas : les hypocrites sont dits non-croyants bien qu’ils confessent de la langue. Et l’unanimité reconnaît l’croyant celui qui confirme de cœur et veut confesser, mais en est empêché — par mutisme, par exemple. La foi n’est donc pas de simples mots.
La question des œuvres
Les kharijites excluaient de la foi celui qui commet un grand péché. Les muʿtazilites le plaçaient dans une « position intermédiaire » : ni croyant, ni mécréant. Les murji’ites au contraire excluaient les œuvres de la foi, au point que la foi serait identique même en l’absence d’œuvres.
L’Ashʿarisme tient que les œuvres ne sont pas la réalité de la foi, mais qu’elles en sont le perfectionnement. Le texte de base d’al-Nasafī affirme clairement : « le croyant ne sort pas de la foi par le grand péché, et n’entre pas par lui dans la mécréance. » L’assentiment du cœur demeure, à moins de ce qui le contredit.
Croissance et diminution
La réalité de la foi — l’assentiment ferme du cœur — ne diminue ni n’augmente : l’assentiment est un, et il ne change pas qu’on accomplisse des œuvres ou qu’on commette des péchés. En revanche, plusieurs choses peuvent augmenter :
- la foi détaillée, qui croît à mesure que l’on connaît de nouveaux devoirs ;
- la stabilité et la lumière de la foi dans le cœur, qui s’intensifient par les œuvres et s’affaiblissent par les péchés.
Certains savants objectent que l’assentiment lui-même varie en force : la foi du commun n’est pas celle du prophète. D’autres ramènent la croissance à ses effets. Quelle que soit la formulation, l’important est la distinction : la foi en son principe ne s’annule pas par le péché, mais elle a des degrés de perfection et des effets variables.
Foi par imitation et foi par preuve
Une question proche concerne le taqlīd (adhésion par imitation). Le croyant qui adhère sans examen est-il véritablement croyant ? Al-Ghazālī distingue les situations : pour beaucoup, la foi simple et ferme suffit, et il ne faut pas troubler les cœurs. Mais celui qui est gagné par le doute a besoin d’une preuve. L’essentiel est que la certitude du cœur soit préservée — par l’imitation paisible pour qui elle suffit, par la preuve pour qui en a besoin.
À retenir
- Īmān signifie d’abord confirmation et assentiment.
- Trois éléments : cœur, langue, œuvres ; la réalité est l’assentiment du cœur.
- Le grand péché ne fait pas sortir de la foi (contre kharijites et muʿtazilites).
- La foi ne diminue pas en son principe, mais croît en détail et en lumière.