Module 02 · Les attributs divins

Le Coran et les versets équivoques

22 min · 4 questions

Deux questions liées : celle de la parole d’Allah, et celle des textes qui semblent attribuer à Allah des traits corporels.

L’essentiel

La parole d’Allah. Allah est éternellement parlant. Mais nos mots sont faits de sons et de lettres, qui sont apparus. On distingue donc :

  • le kalām al-nafs, la parole intérieure (le sens), qui peut être éternel en Allah ;
  • les lettres et les sons, créés, qui indiquent cette parole.

Ainsi : le Coran est la parole d’Allah, non créé ; nos récitations, écritures et voix sont créées.

Les versets équivoques. Face aux textes attribuant à Allah visage, main, établissement ou descente, trois voies :

  1. Taʾwīl — orienter vers un sens conforme à la transcendance (« s’est établi » = a dominé).
  2. Tafwīḍ — affirmer le texte et remettre le sens à Allah.
  3. Bi-lā kayf — affirmer sans dire comment.

Le raisonnement

Pourquoi Allah parle. Le commandement (« le ciel et la terre tiennent par son ordre ») est la parole d’Allah ; or la création est créée, l’ordre ne l’est pas. De plus, le silence et le défaut sont l’opposé de la parole, et Allah en est exempt. Enfin, les « paroles d’Allah » sont inépuisables, alors qu’un ensemble fini d’événements créés s’épuiserait.

La distinction décisive. L’expérience atteste la parole intérieure : on dit « j’ai composé en moi-même une parole ». L’argument le plus net est celui de l’ordre : un maître peut ordonner « lève-toi » sans vouloir être obéi — par exemple pour confondre son serviteur devant le roi. Il est pourtant réellement en train d’ordonner. L’ordre n’est donc pas la volonté de l’exécution : c’est la requête elle-même, un sens distinct de la science, de la volonté et des sons.

Les lettres. Elles sont apparues, mais elles indiquent la parole éternelle ; l’indication n’est pas la chose indiquée. Comme l’effet indique sa cause, les lettres créées peuvent indiquer une parole éternelle.

Les versets équivoques. Il faut ne pas nier le texte et ne pas le corporiser. Le croyant simple est en sécurité dans le tafwīḍ et l’affirmation sans modalité. Le savant peut recourir au taʾwīl quand le sens figuré est solide. Ce qui est exclu, c’est ce qui implique corps, limite ou changement.

À ne pas confondre

  • Parole et voix : la parole d’Allah n’est pas une voix créée.
  • Non créé et lettres : le Coran est non créé en tant que parole d’Allah, non en tant que nos lettres et récitations.
  • Taʾwīl et négation : interpréter n’est pas nier.

En résumé

  • On distingue parole intérieure (sens) et lettres/sons (créés, indicatifs).
  • Le Coran est la parole d’Allah non créée.
  • Trois voies : taʾwīl, tafwīḍ, bi-lā kayf.
Parole éternelle et lettres créées
  1. Allah est éternellement parlant attribut de perfection
  2. La parole intérieure (kalām al-nafs) le sens, distinct des sons
  3. Les lettres et les sons créés, ils indiquent la parole
  4. Le Coran : parole d’Allah non créée nos récitations sont créées

Quiz

Répondez à toutes les questions puis vérifiez. Les questions ratées pourront être revues.

  1. Quelle distinction permet de concilier l’éternité de la parole d’Allah et le caractère créé des lettres ?

  2. Pour les ashʿarites, le Coran est la parole d’Allah non créée, tandis que nos récitations et nos écrits sont créés.

  3. Quelles sont les trois voies classiques face aux versets équivoques ?

  4. Que signifie « l’œil ne l’atteint pas » (lā tudrikuhu al-abṣār) pour les ashʿarites ?