Le mot et l’idée
Le tawassul vient de wasīla : le moyen, ce qui rapproche. Le Coran dit : « Craignez Allah et cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui » (5:35). Prier en interposant un moyen est donc enraciné dans la révélation elle-même, et toute la communauté l’a pratiqué.
Il faut distinguer deux opérations que le mot recouvre :
- demander à Allah par l’intermédiaire de quelque chose (son nom, une bonne œuvre, le rang d’un prophète ou d’un saint) ;
- demander à l’être lui-même (lui adresser la requête directement).
La première est le tawassul au sens strict, la seconde l’istighātha (article suivant). Dans les deux cas, la créature n’est qu’un moyen, et Allah seul est l’auteur de tout.
Les types de tawassul
La tradition sunnite en a reconnu plusieurs, tous pratiqués :
- Par les noms et attributs d’Allah — « Ô Allah, par Ta miséricorde… ».
- Par les bonnes œuvres — le récit des trois hommes enfermés dans la grotte, qui invoquent Allah chacun par une action pieuse.
- Par la supplication d’un vivant — demander à un homme pieux de prier pour soi.
- Par le rang de notre maître Muhammad ﷺ et des saints — demander à Allah par la considération de leur proximité, sans s’adresser à eux.
Les deux premiers font l’unanimité. Les troisièmes et quatrièmes sont établis dans la pratique des salaf, des quatre écoles et de la voie spirituelle. Le Prophète — notre maître Muhammad ﷺ — a enseigné à l’aveugle une invocation où l’on se tourne vers Allah par lui ; la tradition a transmis des formules de tawassul par les prophètes et les gens de la proximité.
L’argument wahhabite
Le wahhabisme restreint le tawassul aux deux premiers types et, pour les vivants, à la demande de prière. Le reste serait du shirk :
- demander à Allah par le rang d’un mort reviendrait à chercher un intermédiaire auprès de Dieu, comme font les chrétiens avec les saints ;
- appeler un être absent ou défunt serait une invocation, donc un culte (voir « Adoration et simple demande »).
Il cite le verset « Invoquez-moi seul » et le principe que l’intercession n’appartient qu’à Allah.
La réponse sunnite
Le tawassul n’est pas un culte. Demander à Allah par le rang du Prophète — notre maître Muhammad ﷺ — ou d’un saint est une manière de formuler la demande adressée à Allah, non un culte rendu à la créature. Le destinataire reste Allah.
Des précédents sont établis. La tradition cite le récit de l’aveugle, le tawassul de l’imam Mālik par le Prophète — notre maître Muhammad ﷺ — devant al-Mansūr, et un large ensemble de récits et de pratiques. La tradition spirituelle en a fait un usage constant, dans la ziyāra comme dans l’invocation.
L’occasionalisme change la nature du geste. Pour l’Ashʿarisme, aucune créature n’a d’effet propre : Allah seul agit. Prier en mentionnant le prophète n’attribue donc aucune puissance au prophète. C’est ce qu’exposent Taqī al-Dīn al-Subkī, et plus tard Aḥmad Zaynī Daḥlān : le tawḥīd est d’abord la reconnaissance du monopole divin de la causalité. Dès lors, le tawassul ne le contredit pas.
Ibn Taymiyya lui-même ne rejetait pas tout. Il admettait le tawassul par la foi en notre maître Muhammad ﷺ, son amour, son obéissance, sa prière, ainsi que par les œuvres et la demande d’un vivant. Il refusait en revanche le tawassul par l’essence ou le rang — restriction que les wahhabites reprendront et érigeront en norme.
La seule réserve
La tradition ne blâme pas le tawassul ; elle blâme une croyance : celle qui attribuerait à la créature un pouvoir propre, ou qui en ferait un objet d’adoration. Le critère est donc l’ʿaqīda, non la forme de l’invocation. Avec une croyance droite, le tawassul est licite et recommandé ; avec une croyance fausse, c’est le shirk.
À retenir
- Le tawassul est la recherche d’un moyen vers Allah, ordonnée par le Coran.
- On distingue demander à Allah par un être et demander à l’être (istighātha).
- Les types en sont établis dans la pratique des salaf, des écoles et de la voie spirituelle.
- Le wahhabisme en restreint et en condamne l’essentiel ; la tradition sunnite le maintient.
- La seule réserve porte sur la croyance : la créature n’a aucun pouvoir propre.