Origine
Les kharijites (al-khawārij, « ceux qui sortent ») apparaissent lors de la grande discorde qui suit l’assassinat de ʿUthmān et le conflit entre ʿAlī et Muʿāwiya. Après la bataille de Ṣiffīn, l’arbitrage accepté par ʿAlī provoque la sécession d’un groupe : il refuse que des hommes jugent en lieu et place d’Allah, et se retourne même contre ʿAlī.
Ce surgissement n’est pas seulement politique : il porte une doctrine sur la foi, qui se veut conséquence de l’obéissance au texte.
La doctrine du grand péché
Le cœur de leur thèse est que le grand péché (kabīra) fait sortir de la foi. Le croyant qui commet un péché grave devient, selon eux, mécréant, et non simplement pécheur. Ils en tirent des conséquences redoutables : rupture, guerre, mise à mort.
Ils accordent donc aux œuvres une place décisive : la foi serait inséparable des actes, et sa perte serait immédiate dès l’acte grave. C’est l’exact opposé de l’irjāʾ, qui reporte le jugement et sépare les œuvres de la foi.
Les sous-groupes
Le courant s’est fragmenté en de nombreuses branches, que les ouvrages classent souvent ainsi :
- al-Azāriqa : partisans de Nāfiʿ b. al-Azraq, les plus radicaux ; selon le lexique, ils déclarent ʿAlī mécréant pour l’arbitrage, tiennent Ibn Muljam pour juste et déclarent mécréants les Compagnons, allant jusqu’à les condamner à l’Enfer ;
- al-Najadāt, al-Ṣufriyya, al-Ibāḍiyya : branches aux positions plus ou moins adoucies sur le takfīr et l’appartenance.
Cette multiplication témoigne de la radicalité instable du principe : dès que le grand péché exclut de la foi, chacun peut être taxé de mécréance.
La réfutation ashʿarite
L’Ashʿarisme répond point par point :
- La foi est l’assentiment du cœur ; elle n’est pas un simple acte, et le péché ne le contredit pas en lui-même.
- Le takfīr est une affaire de loi révélée, non une conclusion que l’on tire du péché par simple raisonnement.
- La prudence est de règle : on ne déclare pas mécréant celui qui professe la foi, comme le rappelle le hadith sur l’inviolabilité du témoignage.
La position du juste milieu : ni exclusion du pécheur (kharijites), ni indifférence au péché (murjiʾa), mais distinction entre foi et perfection de la foi.
À retenir
- Les kharijites naissent de l’arbitrage après Ṣiffīn.
- Thèse centrale : le grand péché rend mécréant.
- Nombreux sous-groupes, dont al-Azāriqa, les plus durs.
- L’Ashʿarisme sépare foi et œuvres, et réserve le takfīr à une détermination textuelle.