Pourquoi des règles ?
Établir les sept attributs ne suffit pas : il faut encore savoir comment en parler correctement. Le corpus consacre à cette question une section entière, articulée autour de quatre règles. Elles constituent la grammaire de tout discours juste sur Allah.
Règle 1 — Les attributs sont réels, distincts de l’essence
Les sept attributs ne sont pas l’essence, mais ils lui sont ajoutés (zāʾida ʿalā al-dhāt). Dire « Allah est savant » signifie qu’une science réelle est en lui, non que « savant » soit un simple synonyme d’« existant ».
Cette règle vise deux adversaires. Les muʿtazilites soutenaient que l’essence est une et que les attributs ne sont que des qualifications verbales ; mais ils se contredisaient en admettant une volonté et une parole distinctes. Les philosophes poussaient la négation jusqu’au bout. La réponse tient à l’analyse du langage : « savant » et « celui qui a une science » désignent le même contenu. Si l’on conçoit une essence, puis cette essence avec une qualité, on a bien conçu une qualité et un qualifié.
Règle 2 — Les attributs subsistent en son essence
Les attributs subsistent tous dans l’essence divine, et non dans autre chose. Une volonté qui existerait « sans support », ou une parole créée dans un corps inerte, contredirait la notion même d’Allah. Si une qualité pouvait exister sans support, alors n’importe quelle qualité le pourrait — ce qui est absurde.
Il faut noter une conséquence : de même qu’on ne dit pas que la science de Zayd est « Zayd » ni « autre que Zayd » au sens d’une chose séparée, de même les attributs divins ne sont ni identiques à l’essence ni séparés d’elle. Le commentateur résume : « ce n’est ni le tout, ni autre que le tout ».
Règle 3 — Tous les attributs sont éternels
Les attributs sont éternels (qadīma). S’ils étaient apparus, Allah serait le support de choses apparues (maḥall al-ḥawādith), ce qui est impossible. Trois arguments sont avancés :
- Tout ce qui est apparu est possible ; or Allah est nécessaire. Que le possible pénètre ses attributs contredirait sa nécessité, car possible et nécessaire s’excluent.
- Si un attribut était apparu, il aurait besoin d’un support apparu, et ainsi de suite.
- Un être éternel ne peut être le lieu d’événements successifs, car cela impliquerait un changement en lui.
C’est ici que se joue la différence avec les muʿtazilites : ils niaient l’éternité de la science des choses particulières, de la volonté et de la parole.
Règle 4 — Les noms divins
Les noms dérivés des sept attributs — vivant, puissant, savant, entendant, voyant, parlant — s’appliquent à Allah de toute éternité et pour toujours. En revanche, les noms dérivés des actes — le Pourvoyeur, le Créateur, celui qui élève, celui qui abaisse — font l’objet d’une discussion : s’appliquent-ils dès l’éternité ?
Le corpus propose une classification utile des noms divins :
- ceux qui ne désignent que l’essence, comme l’Existant ;
- ceux qui désignent l’essence plus une négation, comme l’Ancien (sans commencement), le Permanent (sans fin), l’Unique (sans associé), le Riche (sans besoin) ;
- ceux qui désignent l’essence plus un attribut ;
- ceux qui désignent l’essence plus un acte.
Les deux premières catégories s’appliquent de toute éternité, car ce qu’elles nient est nié par l’essence elle-même. Les noms d’actes, eux, se rapportent à des objets créés ; leur usage est une question de langage et d’usage, non de changement en Allah.
À retenir
- Les attributs sont réels et ajoutés à l’essence, non de simples mots.
- Ils subsistent en son essence.
- Ils sont tous éternels : Allah n’est pas le lieu de l’apparition.
- Les noms dérivés des attributs valent éternellement ; les noms d’actes se discutent.