Les sept attributs
Le corpus retient sept attributs de perfection :
Allah est puissant (qādir), savant (ʿālim), vivant (ḥayy), voulant (murīd), entendant (samīʿ), voyant (baṣīr), parlant (mutakallim).
Ces attributs ne sont pas juxtaposés au hasard : les six autres supposent la vie, et la puissance, la science et la volonté sont les ressorts de l’acte divin. Voici comment on les établit.
La puissance
Le monde est un acte ordonné, harmonieux, achevé, rempli de merveilles et de signes. Or un acte bien réglé témoigne de la puissance de son auteur. Donc Celui qui a produit le monde est puissant.
La science
L’ordre du monde n’est pas seulement puissant : il est intelligible, ajusté, adapté. Or un agencement précis suppose la connaissance de ce qui est agencé. Donc l’Auteur du monde sait.
La vie
Un être puissant et savant ne peut être ni mort ni inerte. La vie est la condition de la science et de la puissance. Donc Allah est vivant.
La volonté
Le monde a une forme déterminée, parmi d’autres possibles. Il aurait pu être plus grand ou plus petit, commencer plus tôt ou plus tard. Or entre des possibles, rien ne se réalise sans un facteur qui détermine. Ce facteur, dans un être éternel, ne peut être une nature aveugle ; c’est sa volonté. Donc Allah veut.
L’ouïe et la vue
Ces deux attributs sont établis par la révélation et confirmés par la raison : l’Être qui sait tout n’est pas privé de la perception de ce qui est perçu. Les savants les traitent ensemble, car ils se rattachent à la connaissance du particulier.
La parole
La parole d’Allah est établie par la révélation — les prophètes rapportent ses commandements et ses interdictions — et par la raison, car un être parfait ne saurait être privé de l’attribut par lequel il s’adresse à ses créatures. Le commentateur note qu’il y a là une question spécifique, celle du Coran incréé, que nous traitons séparément.
Attributs et essence
Un point capital : ces attributs ne sont pas Allah lui-même, et ils ne sont pas autres qu’Allah au sens de séparés de lui. Les savants le formulent ainsi : « Allah est savant par une science », et non pas seulement « Allah est savant » sans que rien ne corresponde à cette qualification. La science, la puissance, etc. sont des attributs réels, éternels, subsistant en son essence.
Les muʿtazilites et les philosophes refusaient cette thèse : pour eux, dire « savant » n’ajoute rien à l’essence ; ce serait une simple qualification verbale. L’argument décisif est que dire « savant » et dire « il a une science » expriment le même contenu : on conçoit d’abord une essence, puis cette essence avec une qualité. Nier la qualité réelle, c’est nier ce que le mot désigne réellement.
À retenir
- Sept attributs : puissance, science, vie, volonté, ouïe, vue, parole.
- Le monde, à la fois bien fait et intelligible, atteste puissance et science.
- Les possibles exigent une volonté qui détermine.
- Les attributs sont réels et éternels, ni identiques à l’essence ni séparés d’elle.