Le décret

Le décret (qaḍāʾ wa qadar) désigne la détermination éternelle de tout ce qui arrive. Rien dans l’univers, pas même une feuille qui tombe, n’échappe à la science et à la volonté d’Allah. Les actes des serviteurs sont eux aussi déterminés (maqḍiyy), en tant qu’ils sont créés par Allah.

Une précision importante du commentateur : le décret est objet de l’acte divin, non l’acte divin lui-même. C’est pourquoi l’on distingue :

  • ce qu’Allah décrète (maqḍiyy) : cela peut être bon ou mauvais ;
  • le décret lui-même (qaḍāʾ) : il est sage et bon.

De cette distinction découle une règle : on ne doit pas être satisfait du mal en tant que mal (le décret ne porte pas sur l’agrément du mal), mais on accepte le décret divin. Le désagrément porte sur l’acte mauvais, non sur la sagesse qui le permet.

Volonté et approbation

Allah veut tout ce qui arrive au sens de la volonté créatrice, mais il n’approuve pas tout. Le commentateur formule la distinction ainsi :

  • la volonté, la prédestination et le décret portent sur tout ;
  • le bon plaisir et l’amour (riḍā, maḥabba) ne portent que sur le bien.

C’est pourquoi Allah « ne se satisfait pas de la mécréance pour ses serviteurs », tout en la décrétant et en la créant. Cette distinction est la clé : elle explique comment Allah peut commander une chose qu’il ne veut pas voir arriver — comme le maître qui ordonne à son serviteur de se lever pour montrer son insubordination, sans vouloir qu’il se lève.

La capacité (istiṭāʿa)

La capacité est la puissance par laquelle l’animal accomplit ses actes volontaires. Les ashʿarites tiennent qu’elle est avec l’acte (maʿa al-fiʿl), contrairement aux muʿtazilites qui la plaçaient avant. Elle est créée par Allah au moment de l’acquisition, comme condition de l’accomplissement de l’acte.

Cela signifie que l’homme ne possède pas une capacité autonome et permanente ; il reçoit la force d’agir au moment où il agit. L’acte reste le sien, mais la puissance lui est donnée.

Sagesse, bien et mal

Une question centrale sépare les écoles : le bien et le mal se connaissent-ils par la raison, ou par la loi ?

Les muʿtazilites disaient que la raison perçoit le bien et le mal, et qu’Allah doit faire ce qui est le plus avantageux (al-aṣlaḥ), récompenser l’obéissance et punir le péché. Les ashʿarites refusent cette « obligation » faite à Allah. Ils analysent d’abord les mots — obligatoire, beau, laid, vain, insensé, sage — et montrent que :

  • Obligatoire (wājib) désigne ce dont le délaissement entraîne un dommage, ou dont le contraire est impossible. Or aucun dommage ne peut atteindre Allah, et rien ne l’oblige.
  • Beau (ḥasan) désigne ce qui convient à la fin de l’agent ; laid (qabīḥ) ce qui s’y oppose. Ces qualifications sont relationnelles : elles dépendent des fins et des circonstances.
  • Vain (ʿabath) désigne ce qui n’a aucune fin. Mais qualifier Allah de « vain » est une métaphore sans fondement : il ne poursuit pas des fins comme les créatures.

Allah peut donc créer, ne pas créer, charger ses serviteurs ou non, sans que cela lui soit « obligatoire ». Le devoir de la créature se connaît par la révélation, non par la raison seule. C’est ce que résume la thèse : « le serviteur n’a aucune obligation par la raison ; elle vient par la loi ».

Cela ne veut pas dire qu’Allah agit sans sagesse — au contraire, il est sage, et tout ce qu’il fait a une fin bonne, même si nous ne la percevons pas. Mais sa sagesse est libre, non contrainte par un devoir extérieur.

Le guide et l’égarement

Allah guide qui il veut et égare qui il veut. La guidée est un bienfait créé par Allah ; l’égarement est laissé à celui qui choisit la voie du mal. Ici encore, la science et la volonté éternelles n’abolissent pas le choix : Allah sait que le serviteur agira ainsi, et il le lui permet.

À retenir

  • Tout est décrété ; les actes des serviteurs sont créés par Allah et acquis par l’homme.
  • Volonté porte sur tout ; approbation seulement sur le bien.
  • La capacité est avec l’acte, donnée par Allah.
  • Le bien et le mal ne s’imposent pas à Allah ; les devoirs se connaissent par la révélation.
  • La sagesse d’Allah est réelle mais libre, non un devoir qui le contraindrait.