Qu’est-ce que le tashbīh ?

Le tashbīh est l’assimilation d’Allah aux créatures : le décrire comme un corps, lui prêter des membres, une forme, une localisation, ou lui attribuer des qualités sur le modèle des nôtres. Sa forme extrême est le tajsīm (faire d’Allah un corps).

La transcendance (tanzīh) établit qu’Allah n’est ni corps ni accident. Le tashbīh est l’erreur symétrique : au lieu de partir de la transcendance pour purifier le discours, il prend le langage créé à la lettre et rabaisse le Créateur au rang des choses.

Les formes historiques

Le tashbīh a pris plusieurs visages dans l’histoire.

  • Les mushabbiha et mujassima lisaient littéralement les textes qui mentionnent un visage, une main, un œil ou l’établissement sur le Trône, et en faisaient un corps assis.
  • D’autres assimilaient Allah à une lumière, ou à une forme humaine conçue comme la plus parfaite des formes.
  • Certains poussaient jusqu’à l’ḥulūl : l’idée qu’Allah habiterait une créature. C’est le comble de l’assimilation.
  • Il existe enfin un tashbīh plus discret : rendre les attributs divins semblables aux nôtres, comme si la science d’Allah était une science d’homme, plus grande seulement en degré.

La racine de l’erreur

Deux causes se rejoignent. La première est de lire les textes équivoques sans les règles du langage et sans le contrôle de la raison, en ignorant que le texte lui-même exclut la ressemblance. La seconde est une piété mal comprise : on croit magnifier Allah en le faisant semblable à un grand roi, alors qu’on le rabaisse en le soumettant aux conditions des corps.

Réfutation rationnelle

Plusieurs arguments renversent le tashbīh.

  1. L’éternité. Allah est éternel ; tout ce qui ressemble à une créature — corps, accident, chose localisée — est apparu. Allah ne peut donc ressembler au créé sous ces rapports.
  2. La composition et la limite. Un corps est composé et limité ; or un être composé et limité est apparu, et il aurait besoin d’un auteur.
  3. La distinction créateur/créé. Si Allah était de même nature que le créé, il aurait, comme lui, besoin d’un auteur — et l’on remonterait à l’infini.
  4. Le besoin. Un corps a besoin de ses parties et de son lieu ; Allah est exempt de tout besoin.

Le juste équilibre

Refuser le tashbīh ne signifie pas nier ce que le texte affirme. Il faut tenir ensemble l’affirmation de ce qu’Allah a dit de lui-même et le refus de toute ressemblance. C’est pourquoi les savants répètent : affirmer sans assimiler, transcender sans vider. Le traitement des textes qui mentionnent un visage, une main ou un œil est exposé dans l’article consacré aux attributs rapportés.

À retenir

  • Le tashbīh assimiAllah aux créatures ; le tajsīm en fait un corps.
  • Ses formes vont du littéralisme naïf jusqu’au ḥulūl.
  • L’erreur vient de lire les textes équivoques sans règle et de croire magnifier Allah en le corporisant.
  • La réfutation s’appuie sur l’éternité, la composition, la distinction créateur/créé et le besoin.
  • La juste voie : affirmer sans assimiler, transcender sans vider.