Plusieurs sens pour un même mot

Le mot « un » se dit en plusieurs sens, et il faut les distinguer :

  • Un au sens où l’être est sans parties, non susceptible de division : c’est le sens qui convient à Allah, car il n’a ni quantité ni composition.
  • Un au sens où il n’a pas d’équivalent dans son rang : comme on dit que le soleil est unique. Allah est unique en ce sens : il n’a pas de semblable.
  • Un au sens où il n’a pas de contraire : Allah n’occupe aucun lieu, or seul ce qui occupe un lieu peut avoir un contraire. Allah n’ayant pas de lieu, il n’a pas de contraire.

La preuve centrale : l’impossibilité d’un second dieu

Voici l’argument principal. Supposons un associé à Allah. Trois cas seulement sont concevables :

  1. Il lui est identique en tous points.
  2. Il est supérieur à lui.
  3. Il lui est inférieur.

Les trois sont impossibles.

  • Identiques en tous points ? Deux choses ne sont deux que par une différence. Si elles ne différaient ni par leur réalité, ni par leur lieu, ni par leur temps, on ne pourrait plus parler de deux : on pourrait aussi bien dire qu’un seul homme en est deux, ou dix. Or c’est absurde. Donc deux êtres identiques en tous points sont inconcevables — l’unité s’impose.
  • Supérieur ? Le supérieur est par définition Allah, c’est-à-dire le plus élevé des êtres. Mais alors l’autre, qui serait inférieur, ne serait pas Allah : il serait incomplet. Or nous parlons de ce qui mérite absolument le nom d’Allah.
  • Inférieur ? Un être inférieur est incomplet, et l’incomplet n’est pas le plus élevé des êtres. Il n’est donc pas Allah.

Ainsi, dans tous les cas, l’existence d’un second dieu mène à l’impossible ; l’unité s’ensuit nécessairement.

L’objection des « deux créateurs »

On pourrait concéder qu’il n’y a qu’un seul Allah, mais soutenir que le monde a deux créateurs : l’un aurait créé le ciel, l’autre la terre ; l’un les minéraux, l’autre les animaux et les plantes.

La réponse découle de ce qui précède. Si les deux créateurs sont égaux en perfection, ils ne se distinguent pas — donc ils ne sont pas deux. S’ils diffèrent, l’un est nécessairement plus parfait que l’autre ; or celui qui est plus parfait mérite seul le nom d’Allah, et l’autre, étant moindre, n’est pas créateur absolu. D’où : le monde n’a qu’un seul Créateur.

Ce que l’unicité n’est pas

L’unicité ne signifie pas qu’Allah serait « un » à la manière d’un nombre, comme si l’on comptait les dieux et qu’il n’en restait qu’un. Elle signifie qu’il est au-dessus de toute quantité et de toute composition. C’est pourquoi les savants répètent : Allah est un, non pas comme un parmi d’autres, mais comme Celui qui n’a ni égal ni semblable.

Cette affirmation prépare directement la suite : si Allah n’est ni corps, ni accident, ni multiple, alors ses attributs ne peuvent pas être des parties ajoutées à son être. C’est tout le problème que traitera la question des attributs.

À retenir

  • « Un » se dit de ce qui est sans parties, sans équivalent et sans contraire.
  • Un second dieu serait identique, supérieur ou inférieur : les trois hypothèses sont impossibles.
  • L’objection des deux créateurs se dissout de la même manière.
  • L’unicité est une transcendance à l’égard du nombre, non un simple décompte.