Le raisonnement en une phrase

La preuve la plus courante dans le corpus s’énonce simplement :

Le monde est apparu. Or tout ce qui apparaît a une cause. Donc le monde a une cause.

Cette cause, nous l’appelons le Créateur. Le reste de la démonstration consiste à établir chacune des deux prémisses, puis à montrer que cette cause doit être éternelle.

Première prémisse : le monde est apparu

« Le monde » désigne tout ce qui existe en dehors d’Allah : les corps et leurs accidents. Dire qu’il est apparu (ḥādith) signifie qu’il a été inexistant puis existant.

La preuve se fait en deux temps. D’abord, les corps ne sont jamais séparés des choses apparues : mouvement et repos, union et séparation, etc. Ensuite, tout ce qui ne se sépare pas des choses apparues est lui-même apparu. D’où : le monde est apparu.

Le point d’appui est l’observation directe : nous constatons en nous-mêmes et autour de nous des états qui commencent et cessent — douleur, santé, faim, soif, mouvements. Ces accidents sont manifestement apparus. Et comme les corps ne vont pas sans eux, ils sont eux-mêmes apparus.

Un interlocuteur pourrait objecter que ces états étaient « cachés » avant de se manifester. Al-Ghazālī écarte l’objection : que le mouvement soit caché ou manifeste, dans les deux cas il est apparu ; le corps n’est donc jamais vide d’événements apparus.

Deuxième prémisse : tout apparu a une cause

Cette prémisse est présentée comme une évidence première de l’intelligence. Pourquoi ? Parce qu’un être apparu était d’abord inexistant. Son existence n’était pas nécessaire en elle-même — sinon il aurait toujours existé. Elle était donc possible. Or un possible n’existe que si quelque chose fait pencher la balance en faveur de l’existence plutôt que du néant. Ce qui fait pencher la balance, c’est la cause.

Autrement dit : « l’inexistant dont l’inexistence se prolonge ne passe à l’existence que si un facteur rend l’existence préférable à la persistance dans le néant. » Dès que l’on comprend les termes « apparu » et « cause », l’intelligence ne peut que l’accorder.

La cause doit être éternelle

Une fois établi qu’il existe une cause du monde, il reste à montrer qu’elle est éternelle. Si cette cause était elle-même apparue, elle aurait besoin d’une autre cause, et ainsi de suite. Or une régression infinie est impossible. Il faut donc qu’elle s’arrête à un être non précédé par le néant : c’est lui que nous cherchons, et que nous appelons l’Auteur du monde.

Un point de vocabulaire capital : éternel ne signifie pas une qualité ajoutée à l’être. Cela signifie seulement un être existant, sans néant antérieur. Si l’on faisait de l’éternité un attribut distinct, il faudrait expliquer l’éternité de cet attribut, et l’on retomberait dans une régression sans fin.

Pourquoi cette preuve importe

Cette preuve ne « démontre » pas seulement qu’Allah existe ; elle établit de quel genre d’être il s’agit : un être nécessaire, non précédé par le néant, qui n’est pas un corps. C’est le socle de tout ce qui suit — l’unicité, les attributs, les actes.

Il faut souligner, avec al-Ghazālī, que cette démonstration n’est pas nécessaire au salut de celui qui croit simplement et fermement. Elle est le remède de celui qui est traversé par le doute, ou l’outil de celui qui doit répondre à une objection. La connaître, c’est pouvoir rendre raison de sa foi.

À retenir

  • Le monde est l’ensemble de ce qui n’est pas Allah : corps et accidents.
  • Il est apparu, car il ne se sépare pas des événements apparus.
  • Tout apparu a une cause, car un possible a besoin d’un facteur qui le fasse exister.
  • La cause du monde est éternelle : une régression infinie de causes est impossible.