Qu’est-ce qu’un miracle ?

Un miracle (muʿjiza) est un fait extraordinaire, accompli par Allah à l’appui d’un prophète, qui défie (taḥaddī) et que personne n’est capable de reproduire.

Trois éléments le définissent :

  1. L’extraordinaire : il sort du cours habituel de la nature. Mais attention : tout fait extraordinaire n’est pas un miracle — il faut les deux conditions suivantes.
  2. Le défi : le prophète le présente comme preuve de sa mission et met au défi qu’on le reproduise.
  3. L’incapacité : le défi reste sans réponse, alors que des adversaires en ont le désir et les moyens.

L’al-Iqtiṣād formule cela ainsi : « Il n’y a de sens au miracle que dans ce qui s’accompagne du défi du prophète, lorsqu’il en fait la preuve de sa véracité, de manière que les créatures en soient incapables. »

La logique de la preuve

Pourquoi un fait extraordinaire prouve-t-il la véracité d’un prophète ? Parce qu’il serait contradictoire qu’Allah authentifie un menteur. Si Allah accomplit un acte extraordinaire au moment même où un homme déclare « je suis l’envoyé d’Allah » et le met au défi, cet acte témoigne en sa faveur. Allah ne peut pas confirmer un mensonge.

Le raisonnement par l’absurde renforce l’argument : si les miracles de Moïse ou de Jésus étaient des preuves, il n’y a pas de raison de refuser ceux de notre maître Muhammad ﷺ ; inversement, nier l’un conduit à nier l’autre.

Le Coran comme miracle

Le miracle majeur de notre maître Muhammad ﷺ est le Coran. La preuve se construit en plusieurs prémisses :

  • Notre maître Muhammad ﷺ a mis au défi les Arabes de produire quelque chose de semblable. Or les Arabes étaient au sommet de l’éloquence et y mettaient toute leur passion ; ce défi est massivement transmis.
  • Aucune réponse n’a été apportée. Or si les Arabes avaient pu, ils l’auraient fait : ils étaient prêts à tout pour défendre leur religion et leurs intérêts, et l’on constate que les rivalités poétiques produisaient habituellement des réponses. Le silence est donc significatif.
  • L’incapacité ne peut pas être attribuée à un manque de moyens : ils étaient capables, et ils avaient tout motif de le faire.

D’où la conclusion : le Coran est un fait extraordinaire, accompagné d’un défi, non reproduit — donc un miracle attestant la véracité de celui qui l’apporte.

Pourquoi le Coran plutôt qu’un autre miracle

On pourrait demander : pourquoi Allah confirme-t-il notre maître Muhammad ﷺ par un livre plutôt que par un autre signe ? La réponse du corpus est que le miracle doit être adapté à ceux à qui il s’adresse. Les Arabes excellaient dans la parole ; le miracle qui les défie est donc de l’ordre de la parole. C’est l’éloquence incomparable du Coran qui constitue l’aspect « défiant », et son contenu qui en fait la preuve durable.

Un miracle qui dure

Contrairement aux miracles des prophètes antérieurs, le Coran n’appartient pas au passé : il est récité et transmis jusqu’à nous. Son miracle est donc permanent et accessible. C’est pourquoi les savants le présentent comme la preuve centrale de la prophétie pour toutes les générations.

À retenir

  • Un miracle est extraordinaire, accompagné d’un défi, et non reproduit.
  • Il atteste la véracité du prophète car Allah n’authentifie pas un menteur.
  • Le Coran est le miracle majeur : défi lancé à des maîtres de l’éloquence, resté sans réponse.
  • C’est un miracle adapté à son destinataire et permanent.