Ce que la raison peut et ne peut pas
Une distinction structurante traverse tout le corpus : tout ce qui n’est pas connu par nécessité se répartit en trois catégories.
- Ce qui se connaît par la raison sans la révélation : l’apparition du monde, l’existence de son Auteur, sa puissance, sa science, sa volonté. Ces vérités doivent être établies d’abord, car la révélation elle-même repose sur elles : sans la parole d’Allah, on ne peut établir qu’Allah parle.
- Ce qui se connaît par la révélation seule : la détermination de ce qui, parmi les possibles, a effectivement lieu — la résurrection, la rétribution, les réalités de l’au-delà. La raison en admet la possibilité, mais seul le rapport véridique en informe.
- Ce qui se connaît par les deux : ce qui relève du champ de la raison et vient après l’établissement de la parole d’Allah — par exemple la vision d’Allah, ou le fait qu’Allah seul crée les mouvements.
C’est de cette analyse que découle la nécessité de la prophétie.
Pourquoi la raison ne suffit pas
La raison peut connaître Allah, mais elle ne peut pas déterminer :
- ce qu’Allah demande précisément : les détails des obligations, des interdits, du culte ;
- ce qui suit la mort : la résurrection, le jugement, la rétribution ;
- le sens de notre existence au-delà de ce que l’observation permet.
Or ces informations sont décisives : elles concernent le salut. Un être raisonnable qui sait que la mort est certaine et que ce qui la suit est possible doit chercher à savoir ce qui l’attend. La révélation répond précisément à ce besoin.
Al-Ghazālī illustre ce point : dès que l’on envisage sérieusement la possibilité d’un au-delà, l’attitude prudente consiste à s’enquérir, non à négliger. Le prophète est celui qui apporte cette information décisive, et le miracle atteste sa véracité.
La prophétie de notre maître Muhammad ﷺ
L’al-Iqtiṣād examine les objections de trois groupes qui refusaient la prophétie de notre maître Muhammad ﷺ :
- Les ʿīsawites, qui le disaient envoyé aux seuls Arabes : or il a lui-même revendiqué être envoyé aux deux mondes, et il a adressé des messages à des rois non arabes ; cela est contredit par leurs propres concessions.
- Les juifs, qui niaient tout prophète après Moïse : on leur montre qu’ils admettent les miracles de Moïse ; pourquoi refuser ceux de Jésus, puis ceux de notre maître Muhammad ﷺ ? Et ils n’ont pas objecté à lui par cet argument lorsqu’ils en avaient les moyens.
- Ceux qui admettent l’abrogation mais nient le miracle du Coran : c’est l’objet de la preuve par le miracle.
La révélation et la raison
Il faut éviter deux excès. Le premier est de tout attendre de la raison : elle ne peut pas, à elle seule, connaître les devoirs et l’au-delà. Le second est de se passer de la raison : la révélation suppose que l’on ait établi l’existence d’Allah et sa parole, faute de quoi l’on ne saurait même ce qu’est un prophète. Raison et révélation s’articulent : la raison établit les fondements, la révélation complète et détermine.
À retenir
- La raison établit l’existence d’Allah et la possibilité de la révélation.
- Elle ne peut connaître seule les devoirs et l’au-delà : d’où la nécessité de la prophétie.
- Le prophète apporte une information décisive pour le salut, attestée par le miracle.
- Raison et révélation ne s’opposent pas : elles s’articulent.