Les noms et le nommé
Nommer Allah, c’est affirmer quelque chose de lui. Les plus beaux noms (asmāʾ al-ḥusnā) ne sont donc pas des étiquettes indifférentes : chacun désigne une perfection réelle, une négation de défaut, ou une relation à l’acte divin.
La question centrale est de savoir qui a le droit de nommer Allah. Car si l’on peut le qualifier selon sa propre initiative, rien n’empêche d’introduire des noms faux ou de faire de lui ce qu’il n’est pas.
Le principe du tawqīf
Les noms divins sont tawqīfiyya : fixés par la révélation. Allah se nomme lui-même dans le texte, et notre maître Muhammad ﷺ le nomme. Nous recevons ces noms et nous nous y tenons : nous n’en ajoutons ni n’en retranchons librement.
Ce principe découle de la nature de la prédication divine. Savoir qu’un nom convient à Allah exige de connaître ce qu’il mérite, et cela ne s’invente pas. On ne parle donc d’Allah que par ce qu’il a dit de lui-même. Cela n’empêche pas d’user de ces noms dans la langue et la prière ; cela interdit seulement de forger de nouvelles qualifications.
Une classification développée
Les savants répartissent les noms selon ce qu’ils désignent. Cette répartition aide à comprendre pourquoi certains s’appliquent de toute éternité et d’autres se rapportent à des objets créés.
1. Ceux qui désignent l’essence seule. Comme l’Existant, l’Un, l’Éternel considéré en lui-même.
2. Ceux qui désignent l’essence plus une négation. L’Ancien (sans commencement), le Permanent (sans fin), l’Unique (sans associé), le Riche (sans besoin), le Saint (sans défaut). Ce qu’ils nient est nié par l’essence elle-même.
3. Ceux qui désignent l’essence plus un attribut. Le Vivant, le Savant, le Puissant, le Voulant, l’Entendant, le Voyant, le Parlant.
4. Ceux qui désignent l’essence plus un acte. Le Créateur, le Pourvoyeur, celui qui donne la vie et la mort, celui qui élève et qui abaisse.
Le statut des noms d’actes
Les noms de la quatrième catégorie se rapportent à des objets créés. Le nom reste vrai, mais la relation qu’il exprime se renouvelle avec chaque objet. C’est pourquoi la question de leur application « dès l’éternité » est une question de langage, non de changement en Allah : l’attribut par lequel Allah agit est éternel, tandis que l’objet de son acte commence dans le temps.
Le nom suprême
Parmi les noms, certains sont plus éminents. Le nom Allāh est un nom propre (ʿalam) qui désigne le vrai Allah et rassemble les significations de tous les plus beaux noms. On discute aussi de l’identité du nom suprême (al-ism al-aʿẓam), parfois identifié à ce nom même, parfois à le Vivant, le Subsistant.
Ce qui importe n’est pas la dispute sur le rang, mais la règle : ces noms sont reçus, compris et vénérés, sans jamais faire d’Allah ce qu’ils ne signifient pas.
À retenir
- Les noms divins sont tawqīfiyya : reçus de la révélation, ni inventés ni supprimés.
- La classification distingue : essence seule, essence et négation, essence et attribut, essence et acte.
- Les noms d’essence valent éternellement ; les noms d’actes se rapportent à des créatures.
- Le nom Allāh rassemble les significations des plus beaux noms.
- La classification éclaire, mais ne remplace pas la règle du tawqīf.