Ce qu’est l’athéisme philosophique
L’athéisme philosophique n’est pas une simple absence de croyance, ni un refus affectif. C’est une position : la proposition « Dieu existe » est fausse, ou du moins non étayée. Il s’accompagne ordinairement d’arguments.
On distingue :
- l’athéisme positif : il affirme que Dieu n’existe pas ;
- l’athéisme négatif ou local : il soutient que les arguments théistes échouent, sans trancher la question ;
- l’agnosticisme : il suspend le jugement (traité ailleurs).
La philosophie de la religion contemporaine est un champ technique ; les meilleurs athées connaissent le théisme mieux que beaucoup de croyants. La réfutation doit donc être à la hauteur.
Les grandes familles d’arguments
- L’argument du mal : un être tout-puissant et parfaitement bon ne permettrait pas l’ampleur du mal. (Forme logique : Mackie ; forme évidentielle : Rowe.)
- L’argument de la dissimulation divine : un Dieu parfaitement aimant ne laisserait pas des non-croyants de bonne foi dans l’ignorance. (Schellenberg.)
- L’argument de l’incohérence : les attributs divins sont incompatibles entre eux, ou avec le monde.
- L’argument du fondement : les croyances religieuses s’expliquent par des causes naturelles (anthropologie, psychologie), ce qui suffirait à les réfuter.
- L’absence de preuve : faute de preuve suffisante, l’athéisme serait la position par défaut.
Chacun mérite un traitement propre ; deux sont étudiés dans les articles « Le problème du mal, de sa forme logique à sa forme évidentielle » et « L’argument de la dissimulation divine ».
Le cadre présupposé
Beaucoup de ces arguments avancent dans le cadre immanent : ils supposent qu’une structure du monde observable décide de l’existence de Dieu. D’autres présupposent qu’un bon argument doit être « neutre » quant à l’existence de Dieu — présupposé discutable, car la théologie ashʿarite n’admet pas que la question de Dieu soit méthodologiquement suspendue.
La réponse ashʿarite
Le kalām ne se contente pas de répondre « nous ne savons pas ». Il établit positivement l’existence du Créateur par la contingence et l’apparition du monde (voir « La preuve par la contingence » et « Le monde est-il éternel ? »). Face aux arguments athées, il déploie une stratégie en trois temps :
- Montrer que la conclusion ne suit pas : la forme logique du problème du mal a été largement abandonnée, y compris par de nombreux athées ; la forme évidentielle suppose que nous connaissions le meilleur possible.
- Renverser la charge : si l’existence du monde possible requiert un nécessaire, c’est l’athéisme qui doit expliquer cette structure plutôt que de partir d’un « défaut ».
- Distinguer les ordres : la bonté de Dieu et sa sagesse ne se mesurent pas à l’aune de nos préférences immédiates. La douleur, le manque et l’épreuve ne sont pas des refutations dans un univers où la fin dépasse la durée terrestre.
Le fond du différend est métaphysique : un monde sans nécessité n’a pas de raison d’être, sinon par un être nécessaire.
Ne pas caricaturer
Éviter trois simplifications :
- « l’athée sait au fond que Dieu existe » : affirmer cela de tous serait injuste et non démontré ;
- « l’athéisme est une révolte morale déguisée » : vrai pour certains, faux en général ;
- « tous les arguments athées se valent » : la qualité varie fortement, et il faut répondre au meilleur.
À retenir
- L’athéisme philosophique est une position argumentée, avec ses variantes.
- Ses grandes familles : mal, dissimulation, incohérence, fondement naturel, absence de preuve.
- Beaucoup avancent dans le cadre immanent et supposent que l’observable décide de Dieu.
- La réponse ashʿarite établit positivement le nécessaire, puis montre que la conclusion athée ne suit pas.