Qu’est-ce que l’humanisme séculier ?
L’humanisme séculier est une attitude et un programme : placer l’être humain, son épanouissement et sa responsabilité au centre, sans recours à Dieu ni à une révélation. Il affirme la dignité de chaque personne, la valeur de la raison, de la liberté et de la solidarité, et propose une morale censément accessible à tous.
Il ne se confond pas avec l’athéisme militant : l’humanisme séculier insiste moins sur la négation de Dieu que sur la construction positive d’une éthique et d’un sens purement humains. Ses variantes vont d’un humanisme « progressiste » à un humanisme plus naturaliste.
Le programme et ses arguments
Ses arguments principaux :
- L’autonomie : l’homme doit se gouverner par la raison, non par une autorité extérieure.
- L’universalité : une morale humaine peut rallier croyants et incroyants, au bénéfice de la paix.
- La dignité : chaque personne possède une valeur intrinsèque, indépendante de sa croyance.
Ces affirmations sont nobles. Le problème n’est pas leur contenu, mais leur fondement.
Le problème du fondement
D’où vient la dignité intrinsèque ? Si l’être humain est, comme le veut le naturalisme, un produit contingent de processus aveugles, pourquoi serait-il porteur d’une valeur absolue plutôt que d’une valeur relative à nos préférences ?
Trois réponses sont possibles :
- La dignité est postulée : on la pose comme un axiome. C’est cohérent, mais non fondé.
- La dignité est une convention : elle vient d’un accord social. Mais alors elle peut être révoquée.
- La dignité est reconnue : elle est le reflet d’un statut réel — ce que le théisme nomme la karāma.
L’analyse ashʿarite
Le thème de la dignité (karāma, et le verset de l’honneur conféré aux enfants d’Adam) fournit au kalām un fondement précis : l’homme est digne parce qu’il est créé, honoré, doué de raison, d’âme et de responsabilité. Sa valeur n’est ni postulée ni conventionnelle : elle est reçue.
Cette position présente trois avantages par rapport à l’humanisme séculier :
- Elle fonde l’universalité : la dignité ne dépend ni de l’utilité, ni de la culture, ni de la capacité, mais du statut de créature ;
- Elle fonde l’égale valeur : tous sont honorés, quelles que soient leurs qualités mesurables ;
- Elle fonde l’obligation : la dignité n’est pas seulement un fait décrit, mais un devoir — honorer ce qu’Allah a honoré.
Il ne s’agit pas de dire que l’humaniste séculier ne peut être bon. Beaucoup le sont exemplairement. Il s’agit de soutenir que sa morale emprunte souvent une valeur qu’elle ne peut plus fonder par son seul cadre. Comme Mackie l’a noté, la notion d’une exigence prescriptive objective semble « étrange » si rien ne « vise » l’homme : l’humanisme séculier veut garder la force de la norme tout en supprimant sa source.
À ne pas confondre
- Humanisme et athéisme : l’humanisme séculier est une éthique, non une simple négation.
- Dignité et utilité : la dignité théiste ne dépend pas de la contribution de la personne.
- Critique du fondement et mépris des personnes : contester le fondement n’est pas nier la bonté possible de l’humaniste.
À retenir
- L’humanisme séculier veut fonder dignité et morale sur l’humain seul.
- Son point faible est le fondement de la dignité intrinsèque.
- Le kalām fonde la karāma sur la création, l’honneur divin et la responsabilité.
- L’humanisme séculier veut souvent garder la norme sans sa source.