De « un » à « sans parties »

« L’unicité divine » a établi qu’il n’y a pas de second dieu. Mais le mot « un » y désignait d’abord ce qui est sans parties, avant de désigner ce qui n’a pas d’égal. C’est ce premier sens qu’il faut maintenant approfondir : la simplicité (baṣāṭa), c’est-à-dire l’absence absolue de composition en Allah.

La question n’est pas de mots : elle décide de ce que peuvent être les attributs divins. Si Allah était composé, ses attributs seraient des parties ; s’il est simple, ils ne le sont pas. Toute la théologie des attributs repose sur ce point.

Qu’est-ce que la composition ?

Composer (tarkīb), c’est réunir des parties (ajzāʾ) dont chacune est autre que l’ensemble. Une composition peut être de plusieurs sortes :

  • Quantitative : des parties de quantité, comme un corps étendu.
  • Essentielle : une matière et une forme, un genre et une différence.
  • Logique : une essence et une existence, ou une essence et ses propriétés.

Dans tous les cas, la composition suppose une pluralité interne et un assemblage. Or ces deux traits répugnent à l’être nécessaire.

Les preuves de l’impossibilité

Première preuve — par le besoin d’un assembleur. Si Allah était composé, ses parties seraient soit coexistantes par nature, soit réunies par un facteur. Dans le premier cas, chacune serait un être à part, et l’ensemble ne serait pas un ; dans le second, il faudrait un assembleur distinct des parties. Or cet assembleur serait la cause de l’unité, donc antérieur à Allah — impossible pour l’être nécessaire.

Deuxième preuve — par l’antériorité des parties. Les parties d’un composé sont, par nature, antérieures à leur réunion. Si Allah avait des parties, celles-ci précéderaient l’existence d’Allah, ou du moins ne lui devraient pas leur être. Or l’être nécessaire ne peut rien avoir d’antérieur à soi.

Troisième preuve — par la dépendance. Un composé dépend de ses parties ; il a besoin d’elles pour être. Or ce qui dépend d’un autre n’est pas nécessaire par soi. Donc Allah, étant nécessaire, n’est pas composé.

La conséquence pour les attributs

Voici le nœud du problème. Allah a une science, une puissance, une vie, une volonté. Si ces attributs étaient des parties ajoutées à son essence, Allah serait composé — et les preuves ci-dessus l’excluent. Faut-il alors les nier ? Non : les nier serait tomber dans le taʿṭīl (vider Allah de ses attributs), autre excès.

La solution ashʿarite consiste à affirmer que les attributs sont réels mais non distincts de l’essence au sens où ils en seraient des morceaux. Ils ne sont ni identiques à l’essence (ce qui les réduirait à rien), ni autres qu’elle au sens d’une partie séparée. Ils sont éternels avec elle, sans pluralité de composition. C’est une voie étroite entre deux abîmes, que développe la doctrine des attributs.

Simplicité et transcendance

La baṣāṭa est donc un aspect de la transcendance (tanzīh) : Allah n’est pas un tout dont on pourrait dénombrer les pièces, pas plus qu’il n’est un corps. Elle complète ce que « L’unicité divine » amorçait : le « un » n’est pas le premier d’une série, il est l’absolument simple, au-delà de toute division.

À retenir

  • La simplicité (baṣāṭa) est l’absence de toute composition en Allah.
  • Un composé dépend de ses parties : il ne peut être l’être nécessaire.
  • Les attributs divins sont réels mais ne sont pas des parties de l’essence.
  • Les nier serait le taʿṭīl ; les faire parties serait la composition : le kalām évite les deux.
  • La simplicité est une face de la transcendance.