Un phénomène de diffusion
On appelle nouvel athéisme un courant de vulgarisation apparu au début des années 2000, associé notamment à Richard Dawkins, Daniel Dennett, Sam Harris et Christopher Hitchens. Sa nouveauté n’est pas doctrinale — il ne propose pas de nouvelles preuves — mais médiatique : il déplace l’athéisme du débat technique vers la place publique, avec un ton de certitude morale et un succès d’édition considérable.
Il faut le distinguer de l’athéisme philosophique universitaire, souvent plus prudent : beaucoup de philosophes athées ne reconnaissent pas leurs positions dans cette littérature de combat.
Les arguments les plus fréquents
- L’argument évidentiel du mal : l’ampleur de la souffrance rendrait Dieu improbable.
- La scientificité : la science expliquerait ce que la religion expliquait autrefois, rendant Dieu superflu.
- L’argument du fondement naturel : la croyance religieuse serait un sous-produit de l’évolution ou de la psychologie.
- L’argument moral : la religion serait source de violence et la morale pourrait se passer d’elle.
Plusieurs de ces points rejoignent des arguments académiques légitimes. Mais la forme qu’ils prennent dans cette littérature mêle souvent preuve et invective, ce qui complique l’évaluation.
Les limites
- La confusion science / scientisme : « la science explique beaucoup » ne prouve pas « la science explique tout ». Le pas vers le scientisme est franchi sans argument (voir « Le scientisme »).
- L’explication génétique : montrer pourquoi une croyance apparaît ne montre pas qu’elle est fausse. Une faculté peut avoir une histoire naturelle et atteindre néanmoins une vérité.
- Le procès de « la religion » : « la religion » n’est pas un objet unique. Confondre la théologie ashʿarite, le créationnisme, le fondamentalisme et le terrorisme est une faute de catégorie.
- Le raisonnement moral : « la religion cause du mal » suppose déjà une norme du bien ; elle doit donc être fondée, ce qui est précisément le problème.
L’analyse ashʿarite
Le kalām a connu des adversaires autrement plus redoutables que cette littérature : les philosophes, les dahrites, les muʿtazilites. Il répond donc sans complexe, mais avec méthode.
- Sur la science : la théologie ashʿarite ne craint pas la connaissance de la nature ; elle la tient pour un effet de la sagesse divine. Elle distingue la science, qui est réelle, du scientisme, qui est une philosophie.
- Sur le mal : la réponse ne consiste pas à nier la souffrance, mais à situer la bonté divine dans une fin qui dépasse la durée présente.
- Sur la morale : l’Ashʿarisme ne fonde pas le bien sur la conformité à un ordre impersonnel, mais sur la loi d’un Dieu sage ; il échappe ainsi à la fois à l’arbitraire et à un « monde de valeurs » autonome.
Le nouvel athéisme a le mérite de poser publiquement les questions. Sa faiblesse est de les refermer trop vite, en transformant des plausibilités en certitudes.
À ne pas confondre
- Nouvel athéisme et athéisme tout court : le premier est un style et un moment, non une école.
- Science et scientisme : l’une est une méthode, l’autre une thèse.
- Religion et fondamentalisme : l’un n’est pas l’autre.
À retenir
- Le nouvel athéisme est surtout un phénomène de diffusion, distinct de l’athéisme académique.
- Ses arguments mêlent preuves réelles et rhétorique.
- Erreurs fréquentes : confondre science et scientisme, origine et validité, religion et fondamentalisme.
- La réponse ashʿarite est méthodique, non défensive.